Après le Duster, devenu la référence du SUV abordable, puis le Bigster, chargé de faire entrer la marque dans une dimension plus familiale, Dacia poursuit son développement sur le segment C avec un modèle inédit. Baptisé Striker, n’entend pas à être un SUV de plus sur un marché qui ne les compte plus. L’ambition du constructeur roumain est plutôt de réunir les qualités d’une berline, d’un break et d’un SUV au sein d’une même carrosserie. Résultat : une silhouette fastback, façon Peugeot 408, qui tranche autant qu’elle se remarque.
Un crossover qui ne ressemble pas vraiment aux autres
Dacia présente le Striker comme un crossover. Le terme est devenu tellement générique qu’il ne signifie plus grand-chose. Pourtant, dans ce cas précis, il décrit assez fidèlement le véhicule.
L’exercice n’est pas nouveau dans l’industrie automobile. Plusieurs constructeurs ont déjà tenté de brouiller les frontières entre les catégories. Mais de nos jours rares sont ceux qui le font en conservant une promesse tarifaire aussi agressive. Avec un prix d’entrée annoncé sous les 25 000 euros, le Striker entend proposer une alternative crédible aux SUV compacts traditionnels tout en conservant l’ADN pragmatique de Dacia.L’ensemble affiche une sobriété assumée. Les designers ont volontairement évité les lignes complexes ou les artifices stylistiques à la mode. Le profil évoque discrètement certains SUV britanniques haut de gamme, avec des surfaces lisses et un dessin très épuré. À l’arrière, les feux en T encadrent un large hayon dépourvu de bandeau lumineux.
Avec ses 4,62 mètres de long, le Striker se rapproche davantage d’un break compact que d’un SUV classique. Son profil relativement bas – seulement 1,53 mètre de hauteur – tranche avec les standards actuels du segment. À titre de comparaison, un Peugeot 3008 ou un Volkswagen Tiguan dépassent largement les 1,60 mètre.
Cette silhouette plus basse répond à une logique simple : améliorer l’aérodynamisme, réduire la consommation et offrir un comportement routier plus proche de celui d’une berline. En contrepartie, Dacia conserve une garde au sol comprise entre 19 et 20 centimètres, des protections de carrosserie marquées et, selon les versions, une transmission intégrale.
Le résultat est assez original. Le Striker ne cherche pas à paraître plus imposant qu’il ne l’est réellement. Il privilégie des proportions étirées et une silhouette relativement fluide. Un choix qui séduira sans doute les automobilistes lassés des SUV toujours plus hauts et plus massifs.
Dans l’habitacle : du concret avant tout
À bord, le Striker poursuit la montée en gamme amorcée par les derniers modèles de la marque.
L’architecture de la planche de bord demeure fidèle à la philosophie Dacia : présentation sobre, ergonomie simple et priorité donnée aux usages quotidiens. Contrairement à certains concurrents qui déplacent toutes les commandes dans l’écran central, le constructeur conserve plusieurs boutons physiques pour les fonctions essentielles.
L’écran tactile de 10,1 pouces est installé de série sur toute la gamme, tout comme un combiné numérique de 7 pouces. La marque introduit également un système baptisé LightVisio, qui affiche les informations sous forme d’image flottante afin d’améliorer leur lisibilité. C’est à notre sens un peu inutile et ajoute forcément des coûts là où il n’y a aucun avantage comparatif à le faire. Concrètement, l’image est projetée sur un écran de plastique transparent et incurvé, lequel est suffisamment souple pour être bougé simplement en appuyant dessus. Espérons qu’il résiste à l’usage du chiffon à poussière.
On apprécie davantage le chargeur portable MagSafe/Qi2 et le passe câble qui permet au passager avant de ranger son smartphone dans le vide poche ouvert de la planche de bord sans pour autant faire déborder le câble de charge dans ses jambes.
Mais plus que la technologie embarquée, c’est surtout l’aspect pratique qui retient l’attention. Le coffre peut atteindre 600 litres, un chiffre particulièrement compétitif dans la catégorie. Le plancher modulable en trois parties constitue probablement l’une des innovations les plus intéressantes du véhicule. Il permet aussi bien de compartimenter le chargement que de créer un plancher parfaitement plat lorsque la banquette arrière est rabattue.
Dacia poursuit également le développement de son système YouClip. Ces points de fixation répartis dans l’habitacle permettent d’ajouter divers accessoires selon les besoins : porte-gobelet, filet de rangement ou encore accessoires destinés aux enfants.
L’ensemble témoigne d’une approche fidèle à l’esprit de la marque : proposer des solutions simples à des problèmes concrets plutôt que multiplier les équipements spectaculaires mais rarement utilisés.
Une offre mécanique cohérente
On l’a déjà vu sur les Duster et Bigster, l’époque où Dacia se contentait de moteurs d’entrée de gamme est désormais révolue. Le Striker en apporte une nouvelle illustration.
La gamme repose exclusivement sur des motorisations électrifiées. L’entrée de gamme est assurée par un trois cylindres essence associé à une hybridation légère 48 volts et à la bicarburation essence-GPL. Une spécialité que Dacia continue d’exploiter alors que la plupart des constructeurs ont abandonné cette technologie.
Cette version pourrait représenter un compromis particulièrement intéressant pour les gros rouleurs. Le GPL conserve en effet un avantage économique réel dans de nombreux pays européens.
Au-dessus, le Striker reprend la chaîne de traction hybride déjà connue au sein du groupe Renault. Avec ses 155 chevaux cumulés, elle promet des consommations contenues tout en offrant un agrément supérieur à celui des systèmes hybrides légers.
Le fer de lance sera quant à lui équipé de la version Hybrid 150 4×4, qui ici abandonne le GPL pour la raison officielle qu’il n’était pas nécessaire d’abaisser les émissions de CO2 déjà contenue. Dommage, le GPL offre un coût d’usage si intéressant que ça en aurait fait un avantage comparatif indéniable. Ça viendra peut-être dans un second temps. Pour cet hybride, Dacia adopte ici une solution technique déjà aperçue chez plusieurs constructeurs : un moteur thermique entraîne les roues avant tandis qu’un moteur électrique anime l’essieu arrière. L’intérêt est double. D’une part, le système évite les contraintes mécaniques d’une transmission intégrale conventionnelle. D’autre part, il permet de conserver une consommation proche de celle d’une version deux roues motrices lorsque les conditions d’adhérence sont favorables.
Pour une clientèle attirée par les activités de plein air sans vouloir investir dans un SUV lourd et coûteux, cette configuration pourrait constituer un argument de poids.
Un véhicule conçu pour réduire les coûts d’usage
Derrière son design original, le Striker poursuit en réalité un objectif très classique chez Dacia : réduire le coût global de possession.
Son coefficient aérodynamique annoncé de 0,29 apparaît particulièrement compétitif pour un véhicule à garde au sol élevée. Le poids, contenu autour de 1 400 kg selon les versions, contribue également à limiter les consommations et évite l’écueil du malus au poids.
Cette stratégie semble pertinente dans un contexte où le prix d’achat n’est plus le seul critère déterminant. Les coûts de carburant, d’assurance et de fiscalité prennent une importance croissante dans le budget automobile des ménages.
L’utilisation accrue de matériaux recyclés participe également à cette démarche. Même si l’argument environnemental reste secondaire pour la majorité des acheteurs, il traduit un effort réel de rationalisation industrielle.
Un pari intéressant
Le Striker arrive sur un marché où les SUV règnent sans partage, mais où une partie des automobilistes commence à s’interroger sur leur pertinence. Plus lourds, plus chers et souvent moins efficients que les berlines ou les breaks qu’ils ont remplacés, ils ne répondent pas toujours aux besoins réels de leurs utilisateurs.
En proposant un véhicule plus bas, plus aérodynamique et potentiellement moins coûteux à l’usage, Dacia rappelle qu’il existe une voie différente sous la forme d’une voiture familiale peut être pratique, confortable et polyvalente qui n’a pas besoin de ressembler à un SUV.
Si les tarifs définitifs restent conformes aux promesses annoncées, le Striker pourrait bien devenir l’une des propositions les plus originales du segment C dans les années à venir.









