La beauté cachée, du lait… du lait…

Quand un essai au long cours d’un Citroën Berlingo se mue en aventure de pied-nickelé. Au départ il n’était question que d’une descente sereine, direction le sud-ouest, sans femme ni enfants, mais avec l’habitacle bourré de cartons, de petits meubles et autres objets encombrants. Pour l’occasion j’envisageais une version Diesel (HDI 130 ch) pour ce modèle familial, mais hélas ce moteur n’est plus désormais disponible que sur la version XL. Le Berlingo M (4,41 m) doit, lui, se contenter d’un HDI 100 ch. Dommage, car ce 130 ch respire le bonheur quand il faut avaler 800 km sur l’autoroute.

L’endurance du mazout

Le diesel, quoi que l’on vous vante ailleurs, reste la motorisation reine sur les longs trajets. Avec ce ludospace plutôt bien pensé et confortable, avec une position de conduite qui ne vous donne pas l’impression d’être en mode formation professionnelle pour intégrer « Les Déménageurs Bretons », la balade allait quasiment confiner au bonheur.
Moteur silencieux, comportement router sain, amortissement souple comme il faut, bouton de désactivation des aides à la conduite intuitif, consommation entre 5,0 et 5,5 litres constatés selon séquence de roulage, le package se nourrissait de légèreté. 


Et puis vinrent les contrariétés.
Récent titulaire d’un badge ULYS autoroutier, je me présentais au passage express avec mon Berlingo, en ignorant totalement que ce badge était en réalité rattaché à une seule voiture… la vraie mienne. Donc à la sortie de l’autoroute, vers Châteauroux, impossible d’activer le badge pour lever la barrière. Marche arrière et changement de file. Là… pareil. Et d’agiter mon « Ulys au pays des ennuis » pour finalement, cette fois, voir la barrière s’ouvrir sans comprendre. 


Puis revivre le même bug un peu plus loin. Et sonner sur la borne de sortie pour donner les coordonnées à l’hôtesse hygiaphone.


Pester contre Ulys seul dans mon Berlingo. « Ca marche pas ! »
En fait si, mais il est rattaché à une voiture, pas à son titulaire. Quand tu essaies des autos, c’est pas pratique. Mauvaise pioche. My bad !

Avec 4 pneus neige, tout le monde est en sécurité / Erik Bielderman

Direction Leclerc Auto pour acheter une bombe géante à faire de la Chantilly pour douze. Et y aller confiant, par-dessus le marché !

Tout allait mieux une fois définitivement sorti de l’autoroute… jusqu’à 1 km de l’arrivée quand un voyant « pneu sous gonflé » se mit à éclairer la nuit. Rien de particulier au retour volant, donc pas de souci. Sauf que le lendemain matin le pneu arrière droit du Berlingo avait bel et bien perdu tout son lait. Son air, pardon. Pas de roue de secours, pas de bombe anti-crevaison, ou alors trop bien cachée. Pas grave. C’est ça la modernité.

Direction Leclerc Auto pour acheter une bombe géante à faire de la Chantilly pour douze. Et y aller confiant, par-dessus le marché ! Jusqu’à ce que la mousse de lait s’échappe par la bande de roulement de mon Bridgestone. Et qu’un clou brisé bien planté ne vienne réduire à néant mes espoirs d’auto dépannage. 

 

Dépanneuse jaune Jordan

Après avoir testé le Berlingo et n’avoir eu que des louanges ou presque (on y reviendra plus tard) à lui adresser, l’occasion était belle de tester Citroën Assistance (0800.05.24.24). Et là, super bonne surprise — en même temps nous ne sommes pas au mois d’aout —, avec une réponse en moins de 2 minutes. Prise en charge et envoi immédiat d’une dépanneuse jaune Jordan. Les fans de Formule 1 comprendront. Remorquage jusque chez Citroën Mocorrea à Urrugne au Pays basque. Accueil efficace et promesse de retour de la voiture le lendemain. 

Effectivement le matin suivant, le pneu était réparé. Un taxi pris en charge par l’Assistance et une facture de 19,80 Euros pour la prestation. Avec en prime le sourire de la réception atelier.  Un bon 18/20 sur l’ensemble du traitement incident. Mais une fois de plus, comment ne pas pester contre la supression généralisée des roues de secours dans les autos. Bilan : immobilisation, dépanneuse, taxi, 36 heures sans auto… tout cela est-il bien rationnel pour une simple crevaison ? La question est générique.

 
Même dans les stations frontalières, le diesel est bien moins cher en Espagne / Erik Bielderman

Mais passons. L’humeur étant au beau fixe et la frontière espagnole tout près, comment résister à aller acheter du jambon serrano, des boîtes de thon Ortiz et du Vichy Catalan à prix doux et, en bonus, faire le plein. Ce matin-là, le diesel y était à 1,38 euro le litre. Et encore, dans une station frontalière. Plus loin, c’est encore moins cher. La montée du Col d’Ibardin avec cette fois un copain, une copine, et une tata pour aller manger dans une Venta, s’effacera sans roulis, ni inconfort malgré les boucles bien serrées.


Enfin… un moment de pure sérénité. Pas de badge buté. Pas de clou scélérat et un plein à prix réduit. Et comme il y avait du monde dans la voiture, pas besoin d’allumer la radio. En fait tant mieux, parce que, quelle tannée… Un voyage aller à se battre avec l’interface récalcitrante de l’écran central, totalement en perdition une fois le téléphone branché via Appleplay. Fatigant de passer son temps à ne plus avoir de musique, à voir son menu smartphone, apparaître, puis disparaitre, se perdre dans les menus pour finalement rouler en silence contraint. Surtout, à chaque combat avec l’écran multimédia, se dire que sans le « lane assist » on aurait sans doute fini par tondre le gazon sur un bas-côté.

Sympa le jaune Jordan de la dépanneuse / Erik Bielderman

Encore une fois cette « techno-râlerie », n’est pas centrée sur la marque aux chevrons ; les Chinois font bien pire avec leurs interfaces. Mais combien d’accidents provoqués par ces iPad roulants ? Et encore, chez Citroën la climatisation est proposée avec des boutons physiques. Le bonheur. Car sinon entre réglage de clim digitale, de radio, de GPS, sans même parler de tous les sous menus à l’utilité douteuse, le voyage devient pesanteur. Et dangereux. Amis (enfin ami c’est un peu exagéré) Bruxellois, au lieu de nous imposer des bips alarmes pour tout et pour rien, pourriez-vous demander à l’industrie automobile de remettre des boutons physiques pour la clim et la radio ?


Combien d’essais aujourd’hui sont contés avec l’approche hi-tech, en zappant la tenue de route, le freinage, la performance de l’auto ? Seul semble compter l’écran conducteur numérique qui, franchement, n’apporte pas grand-chose par rapport à de bons et beaux compteurs analogiques. Quant à l’iPad central, chaque marque cultive sa propre logique. Pardon chaque marque cultive son propre illogisme. Les geeks et autres as du marketing vont essayer de vous vendre tout ce que vous n’utiliserez jamais avec votre écran central. Alors svp ne les croyez pas !

On en met dans un Berlingo ! / Erik Bielderman

L’essentiel est ailleurs

Dommage, parce que l’essentiel est ailleurs : ce Berlingo mérite le feu des projecteurs. À mi-chemin entre les SUV et les monospaces, il se propose en version 5 places comme une véritable alternative, et même 7 places en version XL. Après avoir renoncé au diesel et vu ses ventes en tout électrique faire disparaître le Berlingo des options d’achat (moins 70% sur les ventes sans moteur diesel au catalogue), Citroën s’est réveillé. Ce retour de l’enfer est une sacrée bonne nouvelle pour le consommateur. 

Proposé à partir de 26 750 euros avec le petit moteur (100 ch), le 130 ch en taille XL (4,75 m) est lui facturé 31 900 euros Bien moins cher qu’un SUV ordinaire, pour une capacité de chargement bien supérieure. Mais voilà l’esprit Ludospace n’est pas à la mode. En plus le nom de Berlingo n’aide pas forcément à assumer son achat.

C'est pas forcément sexy, mais c'est pratique / Erik Bielderman

Une vraie bonne affaire, mais…

-T’as quoi comme voiture ?
-Un berlingo.
-Ah… ouais…
On a connu plus sexy comme dialogue,non ? Dommage, car ce ludospace, mal nommé, essayé 2 000 km durant, est une vraie bonne affaire pour rouleurs attachés à l’esprit décontracté et convivial. Mais tout ce beau discours s’effondre quand on passe à la case malus. La taxe au poids plus la taxe C02 rendent l’achat improbable. Avec un malus allant de 1 901 à 4 534 euros selon le modèle, pour une vraie familiale, on crie au génie du mal. Pardon du malus. Avant, il était de bonne plume d’écrire que trop d’impôt tue l’impôt. Désormais on peut ajouter trop d’impôt, tue l’auto.

Ce qu’on en pense

🤗

-Confort optimal
-Capacité de chargement
-Consommation

☹️

-Pas de 130 ch sur la version M
-Un multimedia paresseux
-Le coût du malus

Erik Bielderman

Après une quinzaine de saisons à essayer des autos pour L’Équipe et pour L’Équipe Magazine, vient l’envie de conter les coulisses du petit monde des essayeurs. Allez ! Je vous embarque avec moi sur un essai constructeur comme si vous y étiez. Suivez Erik sur X : @erikbielderman et sur Instagram : @erik.bielderman

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