BYD Sealion 5 DM-i, ou l’art de bousculer l’ordre établi

Stop ! On ne rigole plus ! Si l’arrivée de BYD sur le marché européen a d’abord été perçue comme une curiosité, puis comme une menace diffuse, la marque s’impose désormais comme une réalité industrielle difficile à ignorer. Longtemps catalogué comme spécialiste de l’électrique pur, le constructeur chinois avance aujourd’hui à visage découvert sur un terrain que les marques européennes pensaient solidement balisé : celui de l’hybride rechargeable. Le BYD Sealion 5 DM-i illustre parfaitement cette stratégie offensive. Ce SUV ne cherche pas à séduire par un discours passionnel ou une image de marque centenaire, mais attaque là où ça fait mal : le rapport prix-prestations.

Ce n'est pas par la ligne que ce BYD se fera le plus remarquer / Tibo Chevalier

Dans un marché devenu frileux face au tout électrique et lassé par l’inflation à deux chiffres (le prix moyen ‘une voiture neuve est passé de 26 000 euros en 2017 à 36 700 euros cette année…), ce SUV familial arrive avec une proposition simple. Beaucoup d’espace, une technologie hybride sophistiquée et efficace, un équipement pléthorique et un tarif qui force les concurrents à détourner le regard. Une approche presque brutale, qui rappelle que l’automobile reste aussi un produit rationnel.

Une silhouette sage et raisonnable

Soyons honnête, la silhouette du Sealion 5 DM-i ne déclenche pas de coup de foudre. Son dessin reste consensuel, presque académique, mais pas de quoi se retourner à son passage. Les codes du SUV moderne se retrouvent sans surprise : ailes marquées, surfaces tendues, protections de carrosserie et posture rassurante. Rien de provocant, rien de maladroit non plus. Ce BYD ne cherche certainement pas à choquer, il cherche à rassurer.

Avec ses 4,74 mètres de long, il se glisse en haut du segment des SUV familiaux, sans jouer à l’excès ni à la compacité. Les proportions apparaissent équilibrées, même si le volume de coffre juste correct (463 litres) laisse penser que les designers ont privilégié l’habitabilité arrière à la capacité de chargement. C’est assez fréquent en Chine, où la place consentie aux passagers est souvent un critère de choix.

 
Assemblages sérieux, qualité perçue très correcte, équipement complet… / Tibo Chevalier

Habitacle : le soin de l’essentiel

À bord, le Sealion 5 DM-i surprend par son sérieux. L’ambiance ne déborde pas de fantaisie, mais la présentation inspire confiance. Les matériaux visibles flattent l’œil, les assemblages tiennent la route et l’ergonomie globale ne demande pas un doctorat pour être comprise. BYD a visiblement acquis que la sophistication inutile lasse davantage qu’elle ne séduit.

L’instrumentation numérique et l’écran central (qui ne pivote plus de paysage à portrait, merci !) imposent une esthétique désormais familière. L’instrumentation force les presbytes à plisser les yeux tant certains caractères sont petits, mais l’interface de l’écran central reste lisible, malgré une logique de menus parfois déroutante. Le constructeur compense ces errements par la présence bienvenue de commandes physiques pour les fonctions clés. Ce n’est pas encore parfait, mais honnêtement, la marque s’en sort très bien.

L’espace à bord constitue l’un des arguments majeurs du modèle. Les passagers arrière profitent d’une générosité rare dans cette tranche de prix. La banquette accueille sans difficulté deux grands adultes, tandis que la garde au toit préserve le confort sur longs trajets. Si le Sealion 5 n’a rien d’un SUV tape-à-l’œil, il privilégie le quotidien. Et au quotidien, c’est à l’intérieur qu’on se trouve, pas dehors !

Une architecture hybride à contre-courant

Le cœur du Sealion 5 DM-i se trouve sous sa carrosserie, avec un système hybride rechargeable que la marque appelle sobrement « super-hybride ». Ici, le moteur électrique tient le premier rôle et le bloc thermique, un quatre-cylindres essence de 1,5 litre à cycle Miller, intervient essentiellement comme générateur ou soutien ponctuel.

Cette philosophie inverse la hiérarchie classique. En usage urbain et périurbain, la conduite se rapproche de celle d’un véhicule électrique, avec une douceur appréciable et une réponse immédiate. Le moteur thermique se manifeste parfois de façon déconcertante, son régime ne correspondant pas toujours à l’effort demandé. Un comportement déroutant au début, mais qui finit par s’oublier au fil des kilomètres. Et il se fait d’autant plus oublié que l’insonorisation du bloc moteur est remarquable.

La puissance cumulée de 212 chevaux assure des performances honnêtes. Le Sealion 5 ne cherche pas à impressionner au feu rouge, mais il avance avec une vigueur tranquille, plus soucieuse de cohérence que de démonstration. Cette approche est globalement en phase avec sa vocation familiale.

À ce tarif, il risque de faire des vagues… / Tibo Chevalier

Sur la route, une homogénéité presque exemplaire

Une fois lancé sur l’asphalte, le Sealion 5 DM-i révèle un châssis plutôt bien accordé. Les suspensions offrent un compromis équilibré entre confort et maintien de caisse. Les irrégularités de la route se ressentent tout de même, notamment sur revêtement dégradé. C’est tout de même assez raide et, si jamais le conducteur qui peut anticiper n’en souffre pas forcément trop, les passagers, eux, le rappelleront à chaque passage sur un doc d’âne. Et ne cherchez pas trop à attaquer en courbe, l’auto n’est pas faite pour cela. Certes, les pneus Continental à basse résistance qui l’équipent ne favorisent pas l’adhérence sur les appuis, mais le train avant se montre vite dépassé lorsqu’on demande beaucoup de puissance, roues légèrement braquées, à basse vitesse. Attention, rien de rédhibitoire, nous sommes à bord d’un SUV familial, rappelons-le.

La direction manque donc un peu de consistance. Elle informe à minima et peine à transmettre un véritable ressenti. Un défaut récurrent sur de nombreux modèles asiatiques, qui ne pénalise pas l’usage quotidien mais limite l’agrément sur conduite plus engagée. Le freinage, en revanche, se montre plus convaincant que la moyenne des hybrides rechargeables, avec une pédale plus naturelle et un dosage mieux maîtrisé. En l’absence de possibilité de moduler la régénération, c’est une très bonne surprise.

Sur autoroute, voie rapide, les bruits d’air et de roulement restent relativement bien filtrés. Là aussi, c’est une très bonne surprise, étant donné la fourchette tarifaire dans laquelle évolue ce SUV. Le moteur thermique, sollicité à vitesse stabilisée, se fait quant à lui entendre sans excès.

Autonomie et sobriété, le nerf de la guerre

L’argument phare du Sealion 5 DM-i réside dans son autonomie théorique qui dépasse les 1 000 kilomètres. Un chiffre flatteur, mais qui repose sur une batterie pleinement chargée et un réservoir plein. En pratique, l’autonomie électrique réelle avoisine les 70 kilomètres, ce qui suffit à couvrir la majorité des trajets quotidiens.

La gestion énergétique privilégie la préservation d’un socle de charge, ce qui limite les envolées de consommation une fois la batterie entamée. Sur parcours mixte, la moyenne oscille autour de 6,5 à 7 litres aux 100 kilomètres. Notre exemplaire, lui, affichait une consommation longue durée plutôt flatteuse de 4,7 l et 5,6 kWh/100 km. Un résultat plutôt bon pour un SUV de ce gabarit.

La recharge sur prise constitue en revanche le talon d’Achille du système. La puissance limitée à 3,3 kW impose des temps d’attente plus longs que chez nombre de rivaux. Une contrainte acceptable à domicile, plus pénalisante en usage quotidien intensif. Cela dit, en conduisant en mode hybride automatique sur long trajet, la gestion électrique permet, on l’a dit, de ne jamais se trouver à court de batterie.

© Tibo Chevalier

Une politique tarifaire qui change la donne

C’est là que le Sealion 5 DM-i frappe le plus fort. À équipement comparable, l’écart de prix avec les SUV hybrides rechargeables européens atteint des sommets difficiles à justifier. BYD assume une stratégie agressive, rendue possible par une maîtrise industrielle redoutable et, sans doute, quelques soutiens financiers de l’État et des provinces chinois.

Mais pour le client qui a juste besoin d’une voiture, le calcul devient vite implacable. À budget équivalent, le Sealion 5 propose plus d’espace, plus de technologie et une présentation intérieure plus flatteuse que… à peu près tout le marché concurrentiel. Alors, oui, quelques concessions sont peut être à faire, notamment sur l’image de marque et certains détails de finition, mais elles paraissent secondaires face à la prestation d’ensemble.

 

Le bloc 1,5 litre est accouplé à une machine électrique. Le tout totalise 212 chevaux / Tibo Chevalier

Sans glamour, mais son complexe

Le Sealion 5 DM-i ne cherche pas à devenir une icône. Il ne vous fera pas rêver, mais il saura vous rassurer. Il ne vous promet pas des sensations, mais il vous offrira une cohérence globale difficile à prendre en défaut. Cette approche presque froide du marché est assez désarmante.

Il existe plus agréable à conduire, plus silencieux ou plus valorisant à l’usage. Mais rares sont les modèles capables d’aligner autant d’arguments rationnels à ce niveau de prix. Le Sealion 5 DM-i est une proposition redoutablement efficace qui, espérons-le, va forcer l’industrie européenne à se regarder dans le miroir. Le plus vite sera le mieux !

Verdict : la raison avant la passion

Le BYD Sealion 5 DM-i incarne manière froide d’aborder l’automobile familiale. Ce SUV ne flatte ni l’ego ni la fibre nostalgique. Il répond à une attente pragmatique, presque comptable, mais terriblement actuelle. Dans un contexte économique tendu, ce SUV chinois impose une évidence : le bon sens peut devenir une arme de conquête.

Le Sealion 5 DM-i s’impose comme l’un des outsiders les plus sérieux du segment. Une voiture qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais qui finit par convaincre précisément parce qu’elle ne triche pas. Même Dacia peut trembler… c’est dire !

Les clés du BYD Sealion 5 DM-i (2025)

Dimensions (Lxlxh)

4,74x1,86x1,71

Masse à vide (modèle essayé)

1 749 kg

Énergie

Hybride rechargeable, Essence et Électricité

Moteur(s)

4 cyl. 1.5 L + électrique

Puissance maxi (cululée, modèle essayé)

212 ch

Couple maxi cumulé

300 Nm

Transmission

Traction

Boite de vitesse

1 rapport

Capacité Réservoir/Batterie (brute)

52 L / 18,3 kWh

Conso mixte (WLTP)

5,9 L /100 km

Prix d'accès à la gamme (au lancement)

30 990 €

Alexandre Lenoir

Plus de 30 ans de presse tech et auto n'ont pas entamé sa motivation. Alexandre teste passionnément tout ce qui roule et se connecte, tout en conservant un regard critique. Pour lui, la bonne techno est celle qui est avant tout utile !

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