La Clio de 5 à 6

Tout commence par un non coup de cœur avec cette Clio VI, question de style, d’ergonomie, jusqu’au moment où nous sommes passés à la pompe. Et là bingo : 4,4 litres/100 après un long périple. De quoi tomber amoureux de son moteur e-Tech hybride 160 chevaux. La vie se nourrit de contraste !

Nous voilà à Trouville. Entre la Clio VI et moi ça n’a pas été fluide. D’abord il y eut la première rencontre, dans un parking mal éclairé, chez Renault presse à Boulogne Billancourt. L’impression de faire le tour de la voiture de Gilles Vidal, le désormais ex patron du design Renault, retourné à ses premières amours chez Stellantis. Donc cette Renault ressemble à une Peugeot. Enfin une Peugeot signée Vidal. L’homme qui a donné une identité forte tout au long de la dernière décennie à la marque au Lion. On a donc fait le tour de cet enfant abandonné par son géniteur, tel un agent assermenté de la DDASS venu prendre soin de l’abandonné. On en a voulu alors à Gilles, d’avoir donné des traits aussi marqués, à une création dont le designeur migrateur n’a plus la garde. 

Et puis franchement, on a un peu souffert en regardant cette Clio VI. On y a trouvé un peu trop de plastiques noirs venant encadrer les optiques, les passages de roues and co. Cela n’a fait que confirmer le premier ressenti lors de la sortie de cette nouvelle mouture, tellement différente de la version V. Première rencontre délicate donc. Comme quoi les histoires d’amour peuvent commencer mal.

Une fois la clef, ou plutôt la carte plastique remise, on a pris la route après s’être cogné le genou contre l’arête du tableau de bord. Décidément, ça risquait de tourner vinaigre notre histoire.

Une fois évacués nos commentaires de Capitaine Haddock effondré un soir de tempête devant son verre de whisky renversé par une vague scélérate, plus jamais nous n’avons cogné notre ménisque. 

On s’est alors attaché à prendre la mesure de la double dalle numérique et très vite on a trouvé nos marques avec l’interface maison, toujours aussi cohérent et bien pensé. Avec en bonus sourire, ce bouton magique posté sur le côté gauche de la planche de bord, qui permet de faire taire l’alerte de survitesse et quelques autres sonneries intempestives. Mais pas toutes. On s’est envolé ensuite pour un essai au long cours… en grognant avec l’ergonomie du levier de vitesse et du commodo d’essuie-glace, aussi proches que des jumeaux mal assortis. Bonjour la salade de doigts !

Des commodes partout, bonjour la salade de doigts ! / Erik Bielderman

La boîte parfois surprenante fait grogner le moteur tel un bulldog en mode défensif et semble hésiter sur certains passages, jaugeant dans l’à peu près, le couple idéal.

Dieu qu’on se sera trompé souvent, au moment de passer de D en R et vice-versa, avec le levier de la boîte dite automatique à crabot. Celle-ci est parfois surprenante, et fait grogner le moteur tel un bulldog en mode défensif, et elle semble hésiter sur certains passages, jaugeant dans l’à peu près, le couple idéal. Là aussi une fois les premiers ressentis digérés, on a fini par oublier nos tracas.
Les kilomètres se sont enchainés et la jauge à essence est restée bien sage. Presque momifiée. L’ordinateur de bord nous indiquera un 4,4 litres sur un parcours aux 2/3 autoroute de 500 Km en mode conduite raisonnée, sans même avoir activé le mode Eco. Bilan sacrément réjouissant vu le contexte géopolitique. De quoi tomber amoureux de cette Clio VI. Et oublier où se situe le détroit d’Ormuz.

On prend vite ses marques avec l'interface maison / Erik Bielderman

À bord, pas de miracle, les côtés intérieures malgré la prise de longueur de l’auto (4,12 m de long soit +7 cm et 1,77 m de large soit + 4 cm) restent quasi identiques à la plus compacte Clio V. À l’œil, la copie livrée par Gilles Vidal et ses équipes, nous semble un peu disproportionnée, avec un avant prolongé comme sur une Mazda et un arrière train raccourci style Alfa Romeo Junior, qui lui donne un « équilibre » visuel bien étrange. Mais bon, comme on achète une auto, pour la vivre de l’intérieur, il faut parfois savoir oublier le coup de cœur, jolie gueule, au moment de l’achat. Les plus belles autos ne tiennent pas toujours leurs promesses.

Nous avons donc finalement admis de s’être laissé apprivoiser par cette auto patchwork. Un peu Renault, un peu beaucoup, trop Peugeot, un peu Mazda, un peu Maserati, un peu Ford, un peu tout quoi… Reste qu’elle a fini par nous convaincre par son côté raisonnable et peu dispendieux. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls. La Clio VI reste le « best seller » européen au trimestre 1 en Europe avec 55.763 ventes devant la tesla Model Y (51.468 ex) et l’éternelle VW Golf (50.782 ex).

Un design un peu patchwork © Erik Bielderman

On aura bien évidemment essayé le régulateur de vitesse, l’assistance au freinage d’urgence et toutes les aides à la conduite, et on se sera souvent trouvé surpris par la « prudence », presque artificielle des réglages initiaux, qui vous font parfois freiner, alors que devant la vie automobile vous laisse un espace-temps suffisant pour agir. Ce qui oblige à remettre les gaz ou à changer de file pour calmer les caméras de prévention.
Mais l’argent est désormais le nerf de l’essai. Non pas pour le prix (de 24 600 à 29 300 euros selon finition avec le moteur e-Tech 160 ch hybride), mais plutôt à l’heure de passer en station. Et là, avec notre 4,4 litres au 100 mesuré, on a dansé autour de la verte Clio et embrassé le pompiste, qui ne sert plus d’essence, depuis des décennies, mais vend des barres de Mars et des « sent bon » de voiture. Pompiste, puis épicier 46e minute. Nous avons donc souri au guichetier à carte bleue. Comme quoi, parfois, il ne faut pas désespérer d’un cœur sec. Guidés par la raison nous avons fini par bien nous entendre Clio et moi. La raison à parfois du bon. La passion attendra. Et au moment de retrouver Boulogne Billancourt et rendre la Clio battait sous mon portefeuille, un coeur bien triste et énamouré.

Pas mal, la conso ! © Erik Bielderman

Les +

  • Consommation
  • Système multimédia intuitif
  • Tenue de route

Les –

  • Ergonomie levier de vitesse
  • Ligne déséquilibrée
  • Pas de gain d’espace / Clio V
Erik Bielderman

Après une quinzaine de saisons à essayer des autos pour L’Équipe et pour L’Équipe Magazine, vient l’envie de conter les coulisses du petit monde des essayeurs. Allez ! Je vous embarque avec moi sur un essai constructeur comme si vous y étiez. Suivez Erik sur X : @erikbielderman et sur Instagram : @erik.bielderman

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