Ou quand l’essai d’un Suzuki Vitara se mue en quête de Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin…
Jamais je n’aurais dû écouter l’ami Christophe. Enfin… « Christophe », c’est le prénom d’emprunt qu’il m’avait demandé d’utiliser pour conter son histoire. Monsieur à ses fiertés. Ce vendredi-là donc, Fanny la tenancière de l’Ephad « Les Volets Bleus » à Croizon, avait exceptionnellement autorisé mon vieux complice, à quitter sa chambre et surtout son éternelle robe de chambre à carreaux. Christophe qui n’avait pas tout à fait perdu la boule, n’arrêtait pas de demander à retrouver Jean et Jean-Paul ses amis normands et il comptait sur moi pour l’emmener. J’avais donc fini par le joindre sur son 06.
Le tour du proprio
-Déjà Christophe, t’es sûr qu’ils sont deux tes copains ? Et que Jean n’est pas le demi-prénom de Jean-Paul ? »
Il était sûr l’ami.
Je décidais donc d’aller chercher Christophe, l’ainsi nommé, le temps d’une chronique. Et ce même si la météo annonçait de la neige dans l’ouest. Pas question de prendre la route avec ma BMW Série 3, E46 pour un remake d’Holiday on Ice. J’avais donc choisi d’essayer la dernière mouture du Suzuki Vitara. Un classique de la marque, avec la Swift. On m’avait proposé une version boîte auto Aisin. Bonne surprise d’ailleurs avec son convertisseur de couple, qui ne patine pas à l’accélération et ses palettes au volant pour jouer avec les rapports. Mais surtout on avait équipé mon SUV de pneus neige. Christophe serait en sécurité.
Au programme un Paris-Croizon et un Croizon-Villerville en Normandie, là ou crèchent les copains de Christophe. Seul à l’aller donc. Au moins sur la première étape, je pourrais me concentrer sur l’essai. Christophe m’attendait, je le savais, tranquillement posé sur le canapé à fleurs de la salle de lecture et ronronnait à coup de tisane citron gingembre. Son pot belge à lui. Un soulève paupières pour ce grand flegmatique.
Et hop c’était parti. Déjà regarder la consommation avec le sacré handicap sur l’autoroute de devoir rouler avec des pneus neige, qui forcément offrent une résistance accrue sur le tarmac. Bilan un très bon 6,6 litres/100 en mode « cruise control » à 130 km puis 110 km en Bretagne. En toute sérénité. Pas de bruits d’air, des sièges chauffants deux positions. Oeuf à la coque ou œuf dur ?
Forcément quand on essaye une auto, on tape un peu sur les contre portes, le tableau de bord, les parties basses et comme il est d’usage chez Suzuki on regrette les plastiques durs, mais on se félicite de la qualité de l’assemblage. Au Japon ce type de finition est symbole de qualité. Autre monde, autres références. Comme à chaque essai, il fallut se réacclimater à la logique maison de la dalle numérique. Après quelques agacements, très vite je trouvais les bons raccourcis, sauf celui qui permet de désactiver les « aides à la conduite ». Pardon, les « bip, bip, bip » envahissants et agaçants. Jusqu’à finir par abandonner. Vivement comme chez Renault un bouton magique sur le tableau de bord, pour d’un double clic effacer, ce qui encombre l’esprit. Encore un petit effort les amis nippons et tout sera zénitude. Et au fait merci d’avoir laissé de vrais boutons pour la clim’ !
J’ai retrouvé sa tisane citron gingembre, même pas finie. Et ça m’a étonné. C’est son carburant. Il m’a juste dit que tu étais trop en retard.
Fanny Mc Aernaout, patronne d'Ehpad (à peu près)
Je ne vis donc pas le temps passer, même si la sono de la radio n’est pas le point fort de ce Vitara. L’essentiel est ailleurs. Le prix d’abord. A partir de 26.240 Euros. Et 31.440 Euros sur notre modèle full options à l’essai. Avec un toit ouvrant géant magnifique. Ce qui m’amène à pester cinq minutes contre les constructeurs qui proposent désormais des toits panoramiques fixes, qui font loupe en été. Une vraie fausse bonne idée, mais de vraies économies d’échelle à la fabrication. Perso je déconseille. Vive le vent, la vraie lumière, l’air renouvelé dans l’habitacle. Et les embrouilles : « Ah non j’ai trop d’air… Ouvre j’ai chaud. ». Les trucs où tu t’énerves et tu te fais flasher en ayant loupé un panneau 110 sur l’autoroute. « C’est de ta faute… »
Lisible et sans bug
Donc « arigato » Suzuki. Le package est sérieux. L’essentiel est là. Et on a même droit à des compteurs analogiques. Que c’est bon, simple, lisible et sans bug. Je n’arrive pas à imaginer nos autos actuelles devenir collector. Que deviendront nos écrans numériques dans 30 ans ? Qui pourra les réparer ? Qui se souviendra du mode d’emploi ? En fait, qui aura envie de tapoter sur une technologie datée. Un peu comme si aujourd’hui on s’achetait une voiture avec un minitel comme dalle numérique centrale. À part 3615 Ulla en image fixe pixélisée, que pourrait-on espérer ? Mon Vitara et moi étions enfin arrivés sur Croizon. Là où la mer te rend humble. Fanny nous attendait à la porte, emmitouflée dans un châle écossais du clan Mac Aernaout. Elle semblait agitée. Comme l’océan.
– Christophe est parti. J’ai retrouvé sa tisane citron gingembre, même pas finie. Et ça m’a étonné. C’est son carburant. Il m’a juste dit que tu étais trop en retard.
– En retard de quoi, on devait dîner ici. Fruits de mer et cidre.
Fanny était fâchée.
– Tiens il a même laissé trainer son livre passion du moment : « Kynos, la reconquête de la matière. ». C’est pas son genre ça.
Nous partîmes le chercher jusque dans la cave à vin… on ne sait jamais. Pas de Christophe. Jusqu’à être alerté par un coup de klaxon insistant. Et mon Christophe tel une perruche à la saison des amours se dandinant, au volant du Vitara, que je n’avais bien évidemment pas fermé, méfiance altérée par l’inquiétude de Fanny.
– Ben alors je t’attend. Allez vite on s’en va.
– Oh ! Eh Christophe, on va manger et on partira demain matin. Tes potes, ils vont pas s’envoler non plus. Au fait, la voiture ça te va ?
– Ah oui j’aime bien Suzuki, quand je bossais, c’était une des mes marques fétiches. Bon rapport prestation prix. Et ils ont des versions quatre roues motrices qui vont bien. Mais pourquoi t’as pris une deux roues motrices ?
Il maugréait.
– Ben j’ai des pneus neige, t’inquiète. Tu va pas m’engueuler non plus.
Finalement la sagesse, la route verglacée et quelques nappes de brouillard scélérates, nous incitèrent à privilégier le plateau de fruits de mer et à décoller à l’aube. 440 km selon Waze, 5 heures de route. Plus les pause pipi.
– En partant à 7 heures après le café, on arrivera à temps pour déjeuner avec Jean et Jean-Paul.
– Ils sont prévenus ?
– T’inquiète ils passent leurs journées au Cabaret Normand.
– Au quoi ?
– C’est un bistro sympa.
Et c’était parti. Forcément, le jeu consistait à mettre discrètement le chauffage à fond sous le siège chauffant du voisin. Mais en hiver le gag marche moins bien.
Et Christophe d’inspecter le Vitara.
– Il n’est pas nouveau !
– Non, mais la motorisation si.
– Tant mieux, comme ça je ne serai pas perdu au volant.
– Ben non, le prêt à est à mon nom et t’as pas conduit depuis quand ?
– … (silence)… (grognements)…
– Bon d’accord, juste une heure sur l’autoroute si c’est pas gelé. Bon tes potes c’est qui ?
– Tu verras y sont sympas. Un peu rustre le Jean et un peu flambeur le Jean-Paul. Et les deux se mouchent pas du coude. Ca leur sert de trépied au Cabaret.
– Tu les connais d’où ?
– Bah des années en noir et blanc. T’étais gamin toi.
En fait Christophe n’était pas si vieux, mais ses années de demi de mêlée en universitaire, lui avaient un peu secoué le bocal. La pulpe n’était jamais totalement redescendue. Il était donc parti se ioder plein océan. Et ça lui faisait du bien.
Les kilomètres défilaient, les souvenirs s’emmêlaient, mais nous étions bien. Notre petit SUV (4,17 m) nous rendait la vie douce et à part sur les sorties d’autoroute ombragées et humides, la route n’était pas si piégeuse.
Au compteur la même conso, ou presque sur le trajet : 6,7 litres. L’ami de Croizon se félicitait des passages en douceur sur les gendarmes couchés. C’est plutôt bien suspendu un Vitara, à condition d’être conduit en mode père de famille. Et puis avec un moteur micro hybridé de 110 ch, on oublie les folies. Ce choix techno remplace la dernière génération full hybride, qui avait déçu tant en agrément, qu’en consommation. Un retour en arrière judicieux.
Je ne vais pas vous parler du coffre qui est dans la moyenne (362 litres), parce que Christophe et moi on était parti avec juste un gros sac chacun et des chaussures d’hiver de rechange.
– T’as pas de cadeaux pour tes potes ?
– Ben non, on leur paiera un coup au cabaret. Enfin, avec eux, ça risque de faire plus cher que de leur amener une orchidée.
Il n’était pas 13 heures quand apparurent les premiers panneaux indiquant Cabourg, Deauville.
– T’appelle tes potes ?
– Mais non ils sont éternellement là.
Pas le temps de s’arrêter déjeuner au Baligan à Cabourg, un must pour les fruits de mer et l’ambiance conviviale. Encore moins à Deauville. Tant pis pour la Palme d’Or. Chabadabada… On ne roule pas dans le sable avec des pneus neige et comme fiancée, difficile de voir Christophe singer en hiver, Anouk Aimée.
Arrivé à Villerville, on fila d’évidence directement au Cabaret Normand, qu’on allait trouver fermé. Fermé pour de bon. Depuis des années. Maintenu en l’état comme on célèbre un lieu de culte. Avec sur le zinc un vieux téléphone en bachelite noir. Jean et Jean-Paul n’étaient pas au rendez-vous. Christophe semblait perdu tel un singe en hiver. Tout cela s’apparentait, soit à un rêve soit à une pirouette. Difficile de savoir si mon ex-collègue, voyageait dans sa tête en 1962, où s’il était vraiment avec moi et mon Vitara en ce mois de janvier 2026.
Blanc cass’ ou blanc cassé ?
Qu’importe, Christophe s’était évadé. Esprit libre. Et c’était bien l’essentiel. Jean, était Gabin. Jean Paul, était Belmondo. Mon ami s’était convaincu, d’aller saluer et trinquer avec des fantômes. Restait, avant que de renoncer, à descendre la pentue voie, qui menait à la mer, et à l’hôtel « Le Paquebot », niché à l’ombre d’un somptueux manoir. Vous savez, c’est celui racheté récemment à Jacques Seguéla par un animateur de télé célèbre. Seguala l’homme à la Rolex. Un symbole de réussite pour quinqua, valant aisément largement plus cher qu’un Vitara full options.
Arrivé sur la grève, je garais mon Vitara devant un double portrait géant de Jean et Jean-Paul accoudés au bar, peint sur un mur jadis blanc cassé.
– Tu vois ils sont là, tu avais raison Christophe.
Et Christophe de lâcher une larme d’absinthe.
– La mer est suffisamment salée comme ça, pour pleurer des larmes Alka Seltzer, se défendra t-il essuyant ses yeux avant que de rire et d’enchainer.
– Je t’ai bien eu Erik. Comme ça tu as pu faire ton essai et comme au bon vieux temps, où on roulait à deux, tu as eu ton compagnon de joie. Maintenant tu vas me ramener à Croizon. Tu sais un singe en hiver, ça peut prendre froid.
Prendre la route comme la vie
Défila alors dans ma tête de cinéphile nostalgique, ce verbatim de Jean-Paul Belmondo tiré du film de Henri Verneuil : « En Chine quand les grands froids arrivent, dans toutes les rues des villes, on trouve des tas de petits singes égarés, sans père, ni mère. On ne sait pas s’ils sont venus là par curiosité ou bien par peur de l’hiver, mais comme tous ces gens là-bas croient que même les singes ont une âme, ils donnent tout ce qu’ils ont pour qu’on les ramène dans leur forêt, pour qu’ils trouvent leurs habitudes, leurs amis. C’est pour ça qu’on trouve des trains de petits singes qui remontent vers la jungle. »
Allez Christophe, on a de la route. Mets toi à l’arrière et dors. J’expliquerai à Suzuki pourquoi j’ai mis des kilomètres à la voiture. Ils me pardonneront, d’autant plus qu’il y a des Bretons chez eux.
– Et si on s’arrêtait chez Alain, boire une bolée, enfin quelques bolées de cidre sur la route ?
– Ca va Christophe, tu m’as déjà fait le coup avec Jean et Jean-Paul. Alain bosse, il est à Paris. Et puis Fanny va s’inquiéter. Je vais mettre le cruise control à 110, voie de droite et écouter le multiplex foot. Avec tous les bips qui sonnent, ça je vais pas m’endormir au volant. Je vais te ramener dans ta jungle.
Allez dors et paye toi un beau songe en hiver.
Ce qu’on en pense
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