Renault Clio 6 e-tech hybrid : au risque de déplaire

Renault Clio 6 Esprit Alpine

Difficile, pour un modèle aussi emblématique que la Clio, d’aborder une nouvelle génération sans traîner plusieurs décennies d’attentes contradictoires. D’un côté, Renault s’autorise aujourd’hui toutes les audaces stylistiques sur les citadines électriques telle la Renault 4, surfant sans vergogne sur la vague néo-rétro. De l’autre, la Clio thermique doit poursuivre une mission bien moins glamour : convaincre encore ceux qui ne veulent/ne peuvent pas basculer vers l’électrique et maintenir son statut de repère dans un segment B devenu féroce. Cette sixième génération arrive donc chargée d’attentes, mais aussi d’un enthousiasme que le constructeur n’avait plus affiché depuis longtemps autour de sa petite berline. Cet enthousiasme est-il justifié ? Pour en avoir le cœur net, nous avons pris le volant de la petite française dans sa version hybride Esprit Alpine, facturée 29 300 euros…

RENAULT CLIO 6 ESPRIT ALPINE
Le nouveau "rouge absolu" de la Clio remplace le rouge flamme qui la suit depuis la Clio 4 / Clément Choulot / DPPI

Une silhouette affirmée, mais clivante

L’accueil du public ne laisse aucune place au consensus. Les réactions vont du rejet franc à l’admiration béate. Au premier regard, la voiture divise. Mais pour le coup, Renault semble l’assumer pleinement. La marque n’a d’ailleurs jamais caché son intention d’« amener les clients ailleurs », quitte à brusquer ceux qui auraient préféré une évolution plus douce. Les souvenirs de la Clio 5 planent encore et il faut dire que l’auto était convaincante, malgré une étroite parenté avec sa devancière. Renault a choisi d’en faire une leçon et la rupture visuelle de cette Clio 6 paraît presque cathartique, comme si le design devait redevenir un argument majeur, quitte à faire fuir quelques conservateurs au passage.

La face avant illustre parfaitement cette volonté de tourner la page. La calandre, en forme de demi-ellipse décrochée des projecteurs, adopte un maillage de petits losanges qui pourrait presque servir à un concept-car. Les signatures lumineuses, inspirées du concept Emblème, se détachent nettement du reste de la carrosserie. On perçoit aussi quelques influences japonaises, comme si les designers avaient longuement hésité entre un regard européen sculpté et une inspiration plus internationale. Les projecteurs logés dans un écrin noir, ainsi que les quatre feux arrière — plus italiens, pour le coup —, renforcent cette impression d’une voiture qui cherche à se distinguer, quitte à brouiller ses références traditionnelles .

Le gabarit en hausse accentue cette sensation de montée en gamme. Pratiquement sept centimètres de plus en longueur et quatre en largeur, la Clio atteint désormais 4,12 m, soit presque le gabarit d’une compacte du début des années 2000. Renault a d’ailleurs pris soin de retravailler les voies, élargies de 2 cm, pour renforcer l’assise visuelle et stabiliser le comportement. Sur les finitions supérieures, les jantes de 18 pouces parachèvent cette silhouette ambitieuse, au point d’éclipser tout souvenir des premières générations, bien plus menues. Sous certains angles, on croirait même une Mégane en réduction. Renault semble vouloir lisser l’écart entre ses différents segments.

Places avant de la Renault Clio 6
Ambiance techno, mais pas révolutionnaire / Clément Choulot / DPPI

Habitacle : modernisé mais pas révolutionné

L’intérieur s’avère plus sage. L’écran vertical disparaît au profit d’une double dalle horizontale directement empruntée aux modèles électriques du constructeur. L’ensemble numérique repose sur l’écosystème Google embarqué, une approche qui place la Clio 6 parmi les citadines les plus connectées du marché. La fluidité du système, déjà saluée sur la Renault 5, constitue un vrai argument à l’usage, d’autant que l’écran central de 10,1 pouces est généralisé dès l’entrée de gamme. La concurrence prend instantanément un bon coup de vieux.

La qualité perçue varie davantage. Si Renault soigne la présentation, notamment sur la planche de bord avec des tissus agréables ou de l’Alcantara selon les versions, certains choix trahissent encore une logique d’économies. Les contre-portes arrière en plastique dur rappellent que la montée en gamme ne touche pas toutes les zones avec la même intensité, un peu comme dans la R5 d’ailleurs. La Clio 5, sur ce point précis, paraissait parfois plus homogène. L’éclairage d’ambiance configurable, la console retravaillée et les multiples connectiques redonnent toutefois une impression moderne qui correspond mieux aux ambitions de cette nouvelle génération. Cela étant, on peut s’interroger sur la pertinence des éclairage d’ambiance façon cristal ou encore de l’importance accordé à l’effet « métal brûlé » de la bande plastique de la planche de bord. Pour la marque, cela semble en tous les cas plus important que de doter les passager arrière de poignées de maintien.

L’habitabilité, en revanche, progresse uniquement par petites touches. Les places arrière, toujours un peu enclavées sous la chute du pavillon, n’offrent pas un espace vraiment plus généreux que sur la Clio 5. On peut tout de même installer sans trop de difficultés des passagers de taille moyenne, ce qui maintient la Clio au-dessus de certaines concurrentes directes. Le coffre (391 litres) demeure l’un des plus corrects du segment en version thermique, mais la variante hybride perd une cinquantaine de litres à cause de la batterie, un compromis difficile à éviter sans impacter l’implantation mécanique .

Vue ¾ arrière de la Renault Clio 6
© Clément Choulot / DPPI

Motorisation : l’hybride plus puissant, mais pas totalement libéré

Le cœur de cette sixième génération réside dans son offre hybride renouvelée. Le 1.8 L atmosphérique à cycle Atkinson remplace l’ancien 1.6, avec désormais 160 ch cumulés. Sur le papier, l’ensemble promet davantage de couple, une consommation en baisse et un 0 à 100 km/h réduit à 8,3 s, soit une seconde de moins. La batterie gagne également un peu en capacité. Les premiers kilomètres confirment un progrès réel en douceur, notamment grâce à des transitions électriques plus fréquentes et moins brusques qu’auparavant. En ville, la Clio 6 surprend par sa capacité à évoluer de longues séquences en électrique, ce qui renforce l’impression de conduite apaisée .

Toutefois, les limites apparaissent dès que la demande en puissance augmente. La fameuse boîte à crabots – un système sans embrayage traditionnel, piloté électroniquement – demeure le point faible du groupe motopropulseur. À faible allure, ses transitions passent presque inaperçues. Mais lors d’accélérations franches ou d’un besoin de reprise vigoureux, l’étagement réduit à quatre rapports côté thermique expose une mécanique qui peine à tenir un rythme constant sur autoroute. Le moteur s’emballe, le bruit remonte nettement, et l’ensemble donne parfois l’impression d’être dépassé par sa propre gestion, comme si l’auto ne savait pas trop s’il fallait passer un rapport. 

En conduite dynamique, le mode sport ne fait guère mieux. Le conducteur n’ayant pas la possibilité de forcer un rapport, il est plus que fréquent de se trouver en roue libre à l’abord un virage, là où on aimerait au contraire que la boîte rétrograde.

Les consommations reflètent ce constat. Sur voie rapide vallonnée, atteindre les 7 l/100 km n’a rien d’exceptionnel. Sur le réseau secondaire, à l’inverse, la sobriété devient exemplaire, souvent autour de 4 l/100 km. La Clio hybride reste donc une voiture qui excelle en usage mixte ou urbain, mais qui ne masque pas totalement son talon d’Achille sur les longs trajets à cadence soutenue.

L'instrumentation numérique de la Clio 6
L'instrumentation numérique est copiée-collée de celle de la R5 / Clément Choulot / DPPI

Sur la route : un comportement très mature

Le châssis constitue probablement la plus grande réussite de cette génération. La Clio 6 gagne en précision, en stabilité et en rigueur. La direction, plus directe, aide à placer l’auto avec une facilité presque déconcertante sur les routes sinueuses. On retrouve là une filiation plus proche de la Mégane que des citadines classiques. Le roulis s’avère très contenu, ce qui rappelle que Renault n’a jamais renoncé à donner à la Clio une identité dynamique affirmée. On regrette forcément d’autant plus la gestion approximative de la boîte…

Le revers de cette approche se ressent sur les revêtements dégradés, où les suspensions apparaissent nettement fermes. En ville, certaines irrégularités sont retranscrites sans filtre. La contrepartie positive se manifeste dès que le rythme augmente : la voiture enchaîne les virages avec une assurance que peu de rivales peuvent revendiquer. Une fois encore, la montée en gamme assumée par Renault s’illustre davantage ici que dans l’habitacle.

Dernier petit détail : l’ambiance sonore reste très feutrée à basse vitesse, mais les bruits aérodynamiques deviennent très prégnants dès que l’on aborde les 120 km/h.

La charge pas induction est secondée par deux port USB à l'avant / Clément Choulot / DPPI

Techno : une offre riche pour le segment

La Clio 6 reprend les derniers raffinements électroniques du groupe, avec jusqu’à 29 aides à la conduite disponibles, notamment l’Active Driver Assist, capable d’adapter la vitesse selon le type de virage ou la circulation adjacente. Soulignons aussi la présence du bouton My Safety Switch, lequel permet de rappeler d’un geste les réglages préférés des ADAS.

Le système Google intégré sur toutes les versions, la montée en puissance des assistances et la qualité des écrans transforment la Clio en véritable petite vitrine technologique, qui n’a plus grand-chose à envier à la catégorie supérieure. L’impression générale renvoie une image bien plus ambitieuse que celle d’une simple citadine généraliste. 

Côté son, le système Harman-Kardon fait le job, sans être au niveau des meilleurs. Mais pour une citadine, là encore, on est plutôt bien servi.

 

La face avant est est caractéristiques des lignes géométriques cassées de la Clio 6 / Clément Choulot / DPPI

Bilan : une maturité assumée, mais des compromis

Le rôle de cette sixième Clio ne se limite plus à perpétuer une success story longue de 35 ans. Renault en fait une vitrine très sérieuse de son savoir-faire thermique et hybride, presque une alternative naturelle pour ceux qui ne souhaitent pas encore franchir le pas de l’électrique. Le design clivant, la fermeté du châssis, la boîte parfois hésitante et quelques matériaux discutables rappellent toutefois que la montée en gamme n’efface pas tous les défauts. Mais l’équilibre général, la précision du comportement, la sobriété remarquable en conduite apaisée et la modernité de l’environnement numérique placent cette Clio 6 dans le haut du panier des citadines polyvalentes.

La Clio a grandi, parfois plus qu’on ne l’attendait. Elle s’est éloignée du costume de petite voiture sage que la Clio 5 portait presque trop bien, pour endosser un rôle plus ambitieux, plus affirmé et parfois plus exigeant. Renault signe ici une voiture qui ne plaira plus à tout le monde, mais qui assume pleinement son évolution. Une stratégie risquée, sans doute, mais qui pourrait bien élever la Clio un statut plus symbolique encore que celui de simple best-seller. 

© Clément Choulot / DPPI

Les clés de a Clio 6 e-Tech hybrid

Dimensions (Lxlxh)

4,12x1,77x1,45 m

Masse à vide (modèle essayé)

1 346 kg

Énergie

Hybride Essence et Électricité

Moteur(s)

4 cyl. 1.8 L + électrique

Puissance maxi (cululée, modèle essayé)

160 ch / 115 kW

Couple maxi cumulé

270 Nm

Transmission

Traction

Boite de vitesse

Automatique (double boite à crabot)

Capacité Réservoir/Batterie

50 L / 1,4 kWh

Conso mixte (WLTP)

4,0 L /100 km

Prix d'accès à la gamme (au lancement)

24 600 €

Alexandre Lenoir

Plus de 30 ans de presse tech et auto n'ont pas entamé sa motivation. Alexandre teste passionnément tout ce qui roule et se connecte, tout en conservant un regard critique. Pour lui, la bonne techno est celle qui est avant tout utile !

Étiquetté :